Découvrez l’interview de Caroline Delander, co-auteur du livre Game of Pros “Apprendre à Apprendre” (Dunod) qui nous raconte les risques et les opportunités de l’IA dans notre quotidien.
Elle nous raconte tout dans cette vidéo.
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Voici l’interview au format écrit :
Jérôme Hoarau :
Bonjour Caroline.
Caroline Deblander :
Bonjour Jérôme, bonjour à tous.
Jérôme Hoarau :
On va parler d’intelligence artificielle et entrer directement dans le sujet. Est-ce qu’il faut s’en inquiéter ?
Caroline Deblander :
Je vais faire une réponse de Normande : oui et non.
Oui, parce que certaines publications, notamment dans la littérature scientifique, montrent des signaux faibles sur l’impact de l’intelligence artificielle sur nos fonctions cognitives. On parle d’esprit critique, de mémoire, d’attention.
Ce sont des compétences essentielles. Et même si on manque encore de recul, on commence à voir apparaître ces effets. En tant que scientifique, je trouve important de s’y intéresser.
Cela dit, ce n’est pas nouveau. L’imprimerie a déjà eu un impact sur le cerveau. Le GPS aussi, avec des effets observés sur l’hippocampe. Les technologies ont toujours influencé nos capacités.
Mais ce qui est différent aujourd’hui, c’est la vitesse et l’ampleur du phénomène. Il faut donc rester vigilant.
Et en même temps, c’est une opportunité. Une opportunité de redéfinir la place de l’humain, à la fois au niveau individuel, organisationnel et sociétal.
Cela demande de prendre du recul et de dépasser la simple question de l’outil. L’IA n’est pas seulement une technologie, c’est aussi une invitation à réfléchir à notre manière de fonctionner.
Jérôme Hoarau :
Tu accompagnes des managers et des formateurs sur le terrain. Concrètement, qui est concerné par l’intelligence artificielle dans le monde professionnel ?
Caroline Deblander :
J’ai envie de dire tout le monde.
On peut distinguer trois profils. Ceux qui utilisent l’IA, ceux qui refusent de l’utiliser, et ceux qui ne s’y intéressent pas du tout.
Dans les trois cas, il y a un impact.
Pour ceux qui l’utilisent, le risque est de trop déléguer, sans esprit critique, et de perdre en employabilité.
Pour ceux qui refusent, le risque est d’être mis à l’écart, de devenir moins compétitif.
Et pour ceux qui n’en ont pas conscience, ils risquent de subir les transformations sans s’y préparer.
On parle souvent des métiers du savoir comme les plus exposés, mais c’est réducteur. Les métiers manuels sont aussi concernés.
Par exemple, les fossoyeurs avec la digitalisation des concessions, les éboueurs avec les algorithmes d’optimisation des tournées, ou encore les techniciens en imagerie médicale qui travaillent avec des outils d’aide au diagnostic.
La vraie question n’est pas de savoir si un métier va disparaître, mais comment il va évoluer. Quelles compétences vont devenir moins centrales, et lesquelles vont émerger ?
Jérôme Hoarau :
Tu interviens lors du congrès Soft Skills & IA à Namur le 23 avril. Avec quoi vont repartir les participants ?
Caroline Deblander :
Je vais me concentrer sur la dimension individuelle.
L’objectif est d’amener une prise de conscience sur les risques auxquels on s’expose en utilisant l’intelligence artificielle.
Ensuite, je proposerai des repères pour se positionner. Comment utiliser l’IA en restant acteur, en gardant le contrôle.
Je travaille aussi sur différents types de postures. Par exemple, utiliser l’IA comme coach. Cela peut être utile, mais il y a aussi des limites et des risques.
L’idée est d’aider chacun à faire des choix en conscience : qu’est-ce que je garde pour moi, qu’est-ce que je délègue ?
Je vais m’appuyer sur une enquête pour nourrir cette réflexion. Les participants peuvent y contribuer, et les résultats seront partagés lors de l’événement.
Jérôme Hoarau :
Merci Caroline. J’ai hâte de découvrir les résultats et ton intervention.
L’objectif est d’apprendre à utiliser l’intelligence artificielle de manière plus consciente.
Caroline Deblander :
Exactement. L’idée, c’est de choisir ce que l’on délègue, sans le faire automatiquement.
Jérôme Hoarau :
Merci beaucoup. Rendez-vous le 23 avril à Namur pour le congrès Soft Skills. Toutes les informations sont dans la description, ainsi que le lien vers l’enquête.
