Comment l’intelligence artificielle impacte nos capacités cognitives et crée de nouveaux défis pour notre apprentissage ? Et si l’IA apportait des opportunités pour apprendre plus efficacement et mieux entrainer notre cerveau ? C’est ce dont nous parlerons avec Caroline Deblander, co-auteur du livre Game of Pros Apprendre à Apprendre (éditions Dunod, 2025). D’ailleurs nous vous réservons une surprise, donc restez bien jusqu’à la fin !
Retranscription
Jérôme :
Ça y est, nous sommes en direct. Bonjour à toutes et à tous, et bonjour Caroline.
Caroline :
Hello, bonjour à tous.
Jérôme :
Ravi d’être avec toi aujourd’hui et avec vous tous pour parler de ce sujet passionnant : apprendre à apprendre, dans un contexte bien particulier, celui d’un univers où l’intelligence artificielle est omniprésente.
L’objectif est de voir comment apprendre efficacement dans ce contexte, et surtout quel est l’impact de l’intelligence artificielle sur nos capacités d’apprentissage. C’est un sujet en lien direct avec notre livre.
Si vous ne l’avez pas encore, le voici : Game of Pros Apprendre à Apprendre.
Et si vous l’avez déjà, vous verrez que dès les premières pages, il y a un QR code important à scanner pour profiter des bonus que nous allons vous présenter.
Page 5, précisément. Pensez à le scanner pour découvrir ce qui vous attend.
Caroline, est-ce que tu es prête pour cette présentation ?
Caroline :
Oui ! Et pour présenter rapidement le projet du livre : c’est à la fois un ouvrage et un écosystème de formation. C’est pour cela qu’il y a ce QR code à scanner. N’hésitez pas à le faire.
Jérôme :
Parfait. Avant de parler d’intelligence artificielle, faisons un point sur apprendre à apprendre : pourquoi c’est important.
On a déjà fait une intervention sur ce sujet récemment, donc sans tout reprendre, quelles sont les idées clés à retenir ?
Caroline :
Je dirais que c’est une des compétences essentielles aujourd’hui.
Le monde évolue rapidement, notamment avec l’intelligence artificielle. Il y a une accélération de l’évolution des connaissances et des compétences, ce qui implique une nécessité de les actualiser en permanence.
Apprendre à apprendre devient donc un accélérateur d’autres compétences, qu’elles soient techniques ou comportementales.
Cela inclut des compétences comme la créativité, la coopération, l’esprit critique ou encore la résolution de problèmes.
Ce sont des compétences que l’on peut mobiliser avec l’intelligence artificielle… ou face à elle, puisqu’elle peut aussi nous challenger.
C’est pour cela que, dans le livre, il nous semblait essentiel de développer cette compétence. Pour nous, c’est la première : celle qui conditionne toutes les autres.
Jérôme :
Exactement. Nous sommes dans un monde où l’obsolescence des compétences s’accélère.
Quand on parle d’obsolescence, on pense surtout aux compétences techniques et aux connaissances. Cela implique de désapprendre l’ancien pour apprendre le nouveau.
Et s’il y a une compétence qui permet de s’adapter à ces changements — que ce soit un métier qui disparaît ou qui évolue — c’est bien apprendre à apprendre.
Caroline :
Oui. Et pour rappel, certaines statistiques sont assez parlantes, notamment celles du Forum économique mondial.
Elles indiquent qu’environ 40 % des compétences professionnelles seront transformées dans les cinq prochaines années.
Cela implique une nécessité d’actualiser ses compétences, donc d’apprendre à apprendre.
Or, c’est quelque chose qu’on n’a pas forcément appris à l’école. Je ne sais pas pour toi Jérôme, mais moi, on ne m’a pas appris à apprendre.
Jérôme :
Non, clairement. J’aurais aimé.
À l’école, on nous disait de réviser. Donc je prenais beaucoup de notes, puis je relisais mes cours tant bien que mal.
Mais c’était contre-productif, car cela ne correspondait pas à mon mode de fonctionnement. Ça ne sollicitait pas ma mémoire.
Je n’avais aucune stratégie, aucune méthode. Et cela a rendu mes études plus difficiles.
Ce qui est intéressant avec cet ouvrage, c’est qu’on découvre des techniques concrètes, mais aussi des stratégies, de manière ludique.
Le cerveau aime jouer, et c’est pour cela qu’on a créé des jeux dans ce livre.
Caroline :
Oui, il y a 53 jeux au total. Ce n’est pas rien pour développer cette compétence.
Et nous avons structuré cette compétence en plusieurs dimensions essentielles.
Quand on parle d’apprendre à apprendre, on parle d’une soft skill, mais en réalité c’est une méta-compétence.
Elle englobe d’autres compétences clés comme la concentration, l’attention, la mémoire ou encore la stratégie.
Tous ces éléments sont imbriqués lorsqu’on apprend quelque chose de nouveau.
Et comme tu le disais, au-delà du livre papier, il y a tout un écosystème que nous avons créé, notamment sur lessoftskills.com.
Les utilisateurs peuvent accéder à plus de contenu, plus de jeux, des vidéos, des podcasts… simplement en scannant le QR code.
Jérôme :
Cela nous permet aussi aujourd’hui d’aborder un thème complémentaire que nous n’avons pas pu développer dans le livre : l’intelligence artificielle.
Caroline :
Exactement.
Dans le livre, on a quatre grands thèmes : l’attention, la concentration, la stratégie d’apprentissage, la mémorisation et la métacognition.
Mais on s’est rendu compte qu’il y avait un autre thème incontournable aujourd’hui : l’intelligence artificielle.
Et cela dans les deux sens : comment elle nous impacte en matière d’apprentissage.
J’avais d’ailleurs envoyé un email un peu provocateur sur le sujet : “Comment l’IA nous rend plus bêtes”.
Parce que, d’une certaine manière, l’usage de l’intelligence artificielle peut nous desservir sur cette compétence.
Mais si on l’utilise intelligemment, elle peut aussi devenir un allié pour apprendre plus efficacement.
C’est ce que nous allons explorer dans ce webinaire.
Jérôme :
Oui, exactement. On parle donc d’apprendre à apprendre avec l’IA, mais avant cela, il faut aussi comprendre les risques.
De plus en plus d’études montrent que l’intelligence artificielle peut réduire certaines capacités humaines.
C’est un point important que nous voulons explorer aujourd’hui : les mécanismes négatifs potentiels, même si notre objectif reste de montrer comment l’IA peut aussi nous augmenter.
Jérôme :
On va entrer dans le vif du sujet.
D’ailleurs, pour les personnes qui sont en direct, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire pour nous dire si cela vous intéresse, ou si vous avez des questions. Et même en différé, laissez-nous un message, on se fera un plaisir d’y répondre.
Donc, comment apprendre à apprendre face à l’IA ?
Avant de voir comment faire avec l’IA, il faut d’abord voir comment s’en protéger. Quels sont les effets négatifs d’un usage non réfléchi de l’intelligence artificielle ?
Caroline, dans tes recherches, quels sont les principaux impacts négatifs sur nos capacités cognitives ?
Caroline :
L’idée ici est de prendre conscience des mécanismes de régression cognitive que l’IA peut induire, pour éviter ces effets et utiliser l’IA de manière plus pertinente.
Il y a plusieurs points.
Le premier concerne l’attention.
On le mentionne dans le livre : la mécanique attentionnelle est essentielle pour apprendre. Il faut être capable de se focaliser, de diriger son attention.
Or, des recherches montrent que l’intelligence artificielle fragmente cette attention.
Il y a donc une forme de régression cognitive liée à cette fragmentation.
Jérôme :
Quand tu parles de fragmentation de l’attention, tu peux préciser ?
Caroline :
Oui. Cela peut être lié au multitâche, au fait de passer d’une information à une autre sans vraiment approfondir.
Quand on utilise l’IA, on peut être moins concentré sur un objectif précis. L’IA peut nous emmener dans des directions différentes, parfois éloignées de notre intention initiale.
Elle peut aussi générer une surcharge d’informations, ce qui détourne notre attention.
C’est en tout cas mon interprétation à partir de mes observations et de mon expérience.
Jérôme :
Je vois aussi un lien avec d’autres phénomènes, comme l’externalisation de la mémoire.
Par exemple, j’ai animé un atelier récemment dans une entreprise, et quelqu’un me disait :
“Je n’ai plus besoin d’être attentif en réunion, l’IA fait le compte rendu.”
Du coup, il traitait ses emails pendant la réunion.
On délègue l’attention à l’IA, et cela contribue à cette fragmentation.
Caroline :
Oui, et cela rejoint l’externalisation progressive de la mémoire.
Si l’IA prend des notes et stocke les informations, on fait moins d’efforts cognitifs pour mémoriser.
Le cerveau cherche naturellement à économiser de l’énergie. Donc ce qui est externalisé n’est plus traité de la même manière.
Jérôme :
Et cela peut créer une dépendance. À force de déléguer, le jour où on n’a plus l’outil, on est perdu.
Caroline :
Exactement.
Et on avait déjà ce phénomène avec les outils numériques : smartphones, cloud, etc.
Mais avec l’IA, on ajoute une couche supplémentaire.
On externalise la mémoire, mais aussi la réflexion, la synthèse, et même la créativité.
Jérôme :
C’est là que ça devient problématique.
Caroline :
Oui. C’est pour cela qu’une bonne pratique est de revenir à une page blanche avant d’utiliser l’IA.
Se demander :
- Qu’est-ce que je veux faire ?
- Qu’est-ce que j’attends de l’IA ?
- Quelles sont mes premières idées ?
Cela permet de garder une part active dans le processus.
Jérôme :
Oui, et cela permet aussi de limiter cette externalisation.
Caroline :
Exactement.
Jérôme :
Il y a aussi un point sur la mémoire.
On compare souvent la mémoire à une forêt : au début, on crée un petit chemin. Plus on passe, plus le chemin se renforce.
Si on ne fait pas l’effort, ce chemin ne se crée pas.
Avec l’IA, cette étape peut disparaître.
Caroline :
Oui, cela rejoint la notion de réserve cognitive.
Le cerveau crée des connexions neuronales par la répétition. Sans répétition, pas de création.
Donc on ne développe pas notre potentiel cognitif.
Jérôme :
Il y a aussi une réflexion plus large.
J’ai travaillé récemment sur la question du temps, et une idée m’a marqué :
l’intelligence artificielle rend la vie plus simple, plus pratique… mais pas forcément meilleure.
Elle est “plus pratique”, mais pas “meilleure”.
Et cela pose une question : est-ce qu’on cherche la facilité ou la qualité ?
Caroline :
Oui, et parfois l’IA ne fait même pas gagner du temps.
Jérôme :
Exactement. On reformule, on ajuste, et au final on aurait été plus rapide en faisant soi-même.
Caroline :
Et cela pose aussi une question de société.
Quel monde veut-on créer ?
Quand on voit certains contenus générés par IA, on peut se demander si c’est vraiment ce qu’on veut.
Jérôme :
Oui, notamment sur les réseaux comme LinkedIn.
On voit beaucoup de contenus standardisés, copiés-collés.
Cela lisse la pensée.
Caroline :
Oui, il n’y a plus d’aspérités.
Jérôme :
Et cela pose un problème de pensée critique.
Caroline :
Justement, il y a trois compétences particulièrement menacées :
- l’esprit critique
- la capacité de recherche et de méthode
- la créativité
Par exemple, chez les étudiants, on observe des difficultés à rechercher l’information de manière autonome.
Jérôme :
Oui, et à faire le tri dans l’information.
Caroline :
Exactement.
Jérôme :
Et cela rejoint la théorie de Daniel Kahneman.
On est de plus en plus dans le système 1 (rapide, intuitif) et moins dans le système 2 (lent, analytique).
Caroline :
Oui, et cela affaiblit la pensée critique.
Jérôme :
Ces compétences sont des soft skills. Elles peuvent se développer, mais aussi s’atrophier.
Caroline :
C’est exactement ça. Et avec l’IA, elles peuvent s’atrophier si on n’y prend pas garde.
Caroline :
On ne dit pas qu’il ne faut pas utiliser l’IA, bien entendu. Mais il faut le faire de manière intentionnelle, stratégique, et surtout comprendre qu’à chaque utilisation, il y a un coût.
Il y a le coût écologique, qui est déjà important, mais aussi le coût cognitif.
Quelle est la charge cognitive liée à l’usage de l’IA à un moment donné ?
Est-ce que je délègue quelque chose pour gagner du temps, mais au détriment d’un effort cognitif que j’aurais pu mobiliser ?
C’est important d’en avoir conscience.
Si on délègue systématiquement, à terme, on en pâtit.
Plus on est conscient et intentionnel, plus on peut gérer cette forme de “transaction cognitive” liée à l’usage de l’IA.
Jérôme :
Donc oui, il faut faire attention aux effets négatifs de l’IA.
Mais il y a aussi des avantages.
Caroline :
Heureusement.
Et l’IA peut aussi nous aider à apprendre à apprendre, et à développer nos soft skills.
Je regardais justement un webinaire ce matin : il expliquait que l’usage de ChatGPT, au départ pensé pour le monde du travail, est aujourd’hui de plus en plus utilisé dans la vie personnelle.
Par exemple :
- faire des recettes
- du coaching personnel
Et ces usages dépassent aujourd’hui les usages professionnels.
Cela s’explique aussi par le fait que certaines entreprises limitent son utilisation pour des raisons de confidentialité.
Jérôme :
Oui.
Caroline :
Dans le cadre de l’apprentissage, l’IA peut devenir un véritable partenaire.
Un coach personnalisé, qui permet de devenir un “professionnel augmenté”.
C’est quelque chose que l’on développe dans notre plateforme.
Jérôme :
Oui, et c’est pour cela qu’il est essentiel de passer par l’étape précédente : comprendre le coût cognitif.
Se demander : qu’est-ce que je sacrifie quand j’utilise trop l’IA ?
Ensuite seulement, on peut se demander : comment utiliser l’IA pour stimuler mes compétences cognitives ?
Par exemple, pour apprendre le japonais — apprendre une langue étant une des meilleures façons de stimuler le cerveau et de retarder les maladies neurodégénératives — j’utilise l’IA comme complément.
Elle ne remplace pas un professeur, mais elle aide pour les révisions.
Caroline :
Tu utilises les flashcards ?
Jérôme :
Oui.
Je prends mes notes, j’ajoute le vocabulaire dans un document, puis j’utilise l’IA pour générer des flashcards.
Ensuite, je les utilise dans un outil de révision avec répétition espacée.
Cela me permet de réviser facilement, par exemple dans les transports.
Caroline :
Oui, c’est une très bonne utilisation.
Une autre possibilité, c’est d’utiliser NotebookLM pour créer des mind maps.
Mais là-dessus, on a eu un débat.
Jérôme :
Oui. Personnellement, je ne recommande pas.
Caroline :
Tu peux expliquer pourquoi ?
Jérôme :
Parce que l’intérêt du mind mapping n’est pas le résultat, mais le processus.
Quand je crée une carte mentale, je structure mes idées, je choisis mes mots-clés.
Cela correspond à mon propre cheminement de pensée.
Si l’IA le fait à ma place, ce n’est plus mon raisonnement.
Donc je recommande de faire les mind maps soi-même, idéalement à la main.
Cela active davantage de zones du cerveau que le numérique.
En revanche, j’utilise NotebookLM pour générer des podcasts à partir de contenus.
Cela me permet de réviser en utilisant le canal auditif, en marchant ou en courant.
Caroline :
Oui, cela rejoint les canaux d’apprentissage dont on parle dans le livre.
Jérôme :
Exactement.
Caroline :
Autre usage intéressant : créer des quiz.
On peut partir d’un contenu (livre, cours, vidéo) et demander à l’IA de générer des questions.
Cela permet de :
- tester ses connaissances
- transformer les erreurs en apprentissages
- créer des flashcards à partir des erreurs
Jérôme :
Oui, je l’ai fait pour un examen.
Je donnais le contenu à l’IA, je faisais les quiz, et à chaque erreur, je générais des flashcards.
Cela transforme l’erreur en opportunité d’apprentissage.
Et même en termes de mindset, c’est intéressant.
Caroline :
Oui, et cela rend l’apprentissage plus ludique.
C’est plus engageant que lire et relire ses notes.
Jérôme :
Tout ce qui stimule le cerveau, crée de la surprise et de l’engagement, est positif.
Mais il faut éviter de déléguer entièrement les processus cognitifs.
Caroline :
Oui, et toujours garder un objectif clair.
Jérôme :
Oui, cela rejoint l’intentionnalité.
Quel est mon objectif ? Pourquoi j’utilise cet outil ?
Et être conscient que chaque usage a un impact, qu’il soit cognitif, économique ou environnemental.
Caroline :
Oui.
Jérôme :
Apprendre à apprendre, ce n’est pas seulement pour le travail.
C’est aussi pour la vie.
Par exemple, j’ai vécu au Japon en 2009. Quand j’y suis retourné récemment, j’ai réalisé que j’avais oublié beaucoup de détails.
Cela m’a fait réfléchir : je n’ai pas envie de dépendre d’une IA pour me souvenir de ma vie.
J’aimerais pouvoir raconter mes souvenirs moi-même.
Caroline :
Oui, devenir un “vieux sage”.
Jérôme :
Exactement.
Pouvoir raconter des anecdotes, garder une mémoire vivante.
Mais si on délègue tout, cela devient de plus en plus difficile.
Caroline :
Oui, il y a un vrai enjeu à continuer d’entraîner son cerveau.
Jérôme :
Exactement.
Caroline :
Et pour cela, il y a le livre : Game of Pros Apprendre à Apprendre.
Si vous l’avez, pensez à scanner le QR code en page 5 pour accéder au thème bonus sur l’intelligence artificielle.
Vous y trouverez des ressources complémentaires.
Jérôme :
Oui.
Caroline :
Et pour conclure, une question pour vous :
Qu’allez-vous faire dès maintenant pour éviter cette régression cognitive et devenir un humain augmenté plutôt qu’un humain diminué ?
Jérôme :
Très belle question pour conclure.
Merci beaucoup Caroline.
Caroline :
Merci à toi Jérôme.
Jérôme :
Merci à toutes et à tous.
Si vous ne l’avez pas encore, le livre est disponible en librairie.
Et pensez à scanner le QR code page 5 pour accéder aux bonus, notamment sur l’intelligence artificielle.
À bientôt.
