Découvrez l’interview de Dr. Jean-Marc Desmet, co-auteur du livre “La Boîte à Outils des Soft Skills en santé” (Dunod, 2023) qui parle des changements dans le monde de la santé liés à l’intelligence artificielle.
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Voici l’intégralité de l’échange à l’écrit :
Jérôme Hoarau :
Bonjour Jean-Marc, bonjour à tous.
Dr. Jean-Marc Desmet :
Bonjour Jérôme.
Jérôme Hoarau :
On parle beaucoup d’intelligence artificielle, notamment dans le monde de la santé. La question qui dérange : est-ce que l’IA va remplacer les médecins ? Le médecin va-t-il devenir une simple interface entre l’IA et le patient ?
Dr. Jean-Marc Desmet :
C’est un risque si l’on adopte une vision purement technique de l’IA. Mais la réalité est plutôt inverse.
Il va falloir intégrer cet outil, qui apporte des innovations extraordinaires pour la médecine. Et plus la machine sera performante dans l’analyse des données, plus l’humain devra être performant dans la relation avec le patient.
Paradoxalement, le développement de l’IA doit renforcer les compétences comportementales.
Jérôme Hoarau :
Justement, on a coécrit ensemble La boîte à outils des soft skills en santé. Tu es médecin, ancien urgentiste, aujourd’hui spécialiste, et tu interviens le 23 avril à Namur.
Dans ton approche, tu parles de “soins à haute humanité”. De quoi s’agit-il ? Et pourquoi est-ce encore plus important dans une médecine de plus en plus technique ?
Dr. Jean-Marc Desmet :
Cela a toujours été important. Les facteurs humains, qu’on appelle aujourd’hui soft skills, sont au cœur de la médecine depuis longtemps.
Mais aujourd’hui, c’est encore plus vrai, car nous sommes challengés sur le domaine du savoir. Or, le savoir — la maîtrise des données — peut être concurrencé par l’IA.
La différence se joue sur la connaissance : le savoir enrichi par l’expérience et la dimension humaine.
Le rôle du médecin est là. L’IA peut nous libérer de certaines tâches, mais elle doit surtout nous redonner du temps pour être présents auprès des patients, sur le plan physique, relationnel et émotionnel. C’est indispensable dans le soin.
Jérôme Hoarau :
En tant que patient, si j’ai l’impression que le soignant devient une sorte de robot, à quoi sert encore l’humain ?
Dr. Jean-Marc Desmet :
Exactement. Prenons l’exemple de la néphrologie. L’IA pourra détecter plus tôt certaines maladies.
Mais elle ne pourra pas accompagner un patient qui doit débuter une dialyse. Cela demande des compétences humaines, relationnelles, éducatives.
Les patients attendent d’être vus, entendus, reconnus. L’IA peut être un “cerveau”, un exocortex, mais le soignant reste le cœur qui donne du sens.
Jérôme Hoarau :
On voit aussi différents positionnements : certains pensent que l’IA va tout résoudre, d’autres la rejettent totalement. Toi, tu parles d’une voie intermédiaire, et notamment de fracture numérique et de fracture de l’IA. Peux-tu préciser ?
Dr. Jean-Marc Desmet :
Comme souvent, la voie la plus juste est celle du milieu.
Il faut accueillir ces technologies comme des outils formidables. Ceux qui ne s’y intéressent pas risquent de passer à côté de quelque chose. Mais cela ne doit pas se faire au détriment du patient.
L’objectif n’est pas d’accélérer le rythme des soins, mais d’en améliorer la qualité.
Il ne s’agit pas de choisir entre humain et technologie, mais de les intégrer intelligemment.
Concernant la fracture, elle existe déjà avec le numérique. Et avec l’IA, elle s’accentue. Même ceux qui s’y intéressent ont du mal à suivre la vitesse des évolutions.
Si cette accélération devient inaccessible, elle risque d’augmenter la surcharge mentale et les inégalités.
Il y a aussi un autre risque : la perte de compétences, le “deskilling”. Si l’on délègue trop, on peut perdre du sens critique et des savoir-faire essentiels.
C’est pour cela qu’il est important de garder une posture active, de rester acteur.
Jérôme Hoarau :
Tu évoques aussi des notions comme l’adaptabilité ou l’antifragilité, notamment après ce qu’on a vécu avec le Covid.
Dr. Jean-Marc Desmet :
Oui, ce sont des compétences fondamentales. Elles peuvent sembler évidentes, mais elles deviennent aujourd’hui indispensables.
Savoir s’adapter, faire face à l’incertitude, transformer les difficultés en opportunités : ce sont des clés essentielles dans ce contexte.
Jérôme Hoarau :
Tu interviens à nouveau au congrès Soft Skills & IA à Namur le 23 avril. Que vas-tu proposer ?
Dr. Jean-Marc Desmet :
Je vais partager un concept inspiré de la mythologie grecque, à partir de la figure du centaure.
L’idée est d’explorer comment intégrer différentes formes d’intelligence pour rester humain, compétent et offrir le meilleur soin possible, à la fois sur le plan technique et relationnel.
Jérôme Hoarau :
Merci beaucoup Jean-Marc. J’ai hâte de découvrir ton intervention.
Il reste encore quelques places pour le 23 avril à Namur. Vous trouverez les informations en commentaire. Et vous pouvez également suivre Jean-Marc sur LinkedIn.
À très bientôt.
