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La pensée visuelle à l’ère de l’IA

Découvrez l’interview de Sophie Le Penher, spécialiste de la pensée visuelle et championne du monde de Mind Mapping. Elle nous partage son avis sur l’impact de l’intelligence artificielle sur son métier.

Et pour aller plus loin, pensez à télécharger Soft Skills Magazine.

Et voici l’interview au format écrit :

Jérôme Hoarau :
Bonjour Sophie.

Sophie Le Penher :
Bonjour Jérôme.

Jérôme Hoarau :
On parle beaucoup d’intelligence artificielle en ce moment. Est-ce que c’est quelque chose qui t’inquiète ?

Sophie Le Penher :
Oui et non. Tout dépend des usages et de la manière dont on l’utilise.

Sur la partie créativité, notamment le dessin et le visuel, c’est assez questionnant. On voit passer beaucoup de contenus où des personnes reprennent le style d’artistes ou de studios pour recréer des visuels. Ça m’a mise mal à l’aise.

Ça pose des questions sur la propriété intellectuelle, mais aussi sur la place de la création humaine. Quelle valeur on donne à ce que l’on crée, face à ce que produit l’intelligence artificielle ?

J’ai aussi cette crainte d’un monde qui devient très lisse. On le voit déjà dans certains contenus : des visuels qui se ressemblent, une forme d’uniformisation. On arrivait facilement à reconnaître ce qui était généré, aujourd’hui c’est moins évident, mais il reste cette impression de lissage.

Ce sont des questions ouvertes, je n’ai pas toutes les réponses. Il y a aussi une autre question qui m’est venue : oui, c’est un gain de temps… mais pour quoi faire ? Est-ce qu’on utilise ce temps pour produire plus, ou pour améliorer notre manière d’être ?

Ce sont des réflexions assez philosophiques.

Et en tant que maman, je me pose aussi des questions. Comment mes enfants vont-ils faire la différence entre le vrai et le faux ? Comment leur transmettre que la réalité est parfois imparfaite, qu’elle comporte des frictions, et que c’est normal ?

Avec l’IA, on a l’impression que tout devient fluide, facile, sans aspérités. Et ça m’interpelle.

Cela ne m’empêche pas de l’utiliser dans mes activités. Mais tout évolue très vite. On a à peine le temps de se poser une question qu’une autre arrive.

Jérôme Hoarau :
C’est vrai que dans ton métier, la pensée visuelle, la facilitation graphique, ça peut directement être impacté. Tu interviens en entreprise, tu accompagnes aussi les jeunes, tu es championne du monde de mind mapping.

Quand on voit des outils capables de générer des cartes mentales ou des infographies en quelques secondes, ça peut être déstabilisant. Comment tu vis cet impact aujourd’hui ?

Sophie Le Penher :
Oui, c’est questionnant.

Je pense que ça oblige à clarifier ce que l’on apporte réellement. La facilitation graphique, ce n’est pas juste produire un visuel. Il y a tout ce qui se passe pendant.

Quand on intervient, on crée du lien, on fait émerger des discussions, on capte des choses qui vont au-delà du contenu.

Je ne compare pas quelqu’un qui utilise un outil et quelqu’un qui fait appel à un facilitateur graphique. Ce n’est pas la même démarche.

Il y a une dimension humaine très forte. Le fait main, le dessin, le support papier, les imperfections… tout ça a du sens. Ça fait partie de l’expérience.

C’est comme les dessins dans les grottes, comme un carnet de voyage. Il y a du relief, des surprises, des mots qui émergent, des idées auxquelles on n’avait pas pensé.

C’est là que l’humain reste essentiel.

L’IA peut produire quelque chose de propre, mais souvent plus standardisé. Ce que nous faisons, c’est autre chose. Ça touche davantage à l’expérience, au vécu.

Jérôme Hoarau :
Tu parles aussi du chemin, pas seulement du résultat.

C’est pour ça que tu interviens au congrès Soft Skills & IA à Namur le 23 avril. L’idée, ce n’est pas juste un rendu final, mais une expérience.

Qu’est-ce que tu vas proposer concrètement ?

Sophie Le Penher :
Je vais proposer une approche autour du carnet de voyage.

Pour moi, un congrès, c’est un parcours. On passe d’un intervenant à un autre, d’une idée à une autre, on échange avec les participants.

Le carnet de voyage permet de retracer tout ça.

Il y aura les synthèses des interventions, mais aussi les coulisses, l’ambiance, les réactions, les échanges. Les participants pourront contribuer, partager leurs impressions.

On a une trame, mais on ne sait pas exactement ce qui va émerger. C’est ça qui est intéressant.

C’est comme dans l’apprentissage : on peut avoir une fiche toute faite, mais tant qu’on ne fait pas le chemin soi-même, ça ne s’ancre pas vraiment.

Jérôme Hoarau :
Et c’est aussi ce qui rend l’expérience plus mémorable.

Le fait de voir, d’échanger avec toi, de faire partie du processus, ça change complètement la manière dont on vit l’événement.

Sophie Le Penher :
Oui, les participants peuvent se reconnaître dans ce qui est produit. Ça peut aussi leur donner envie de s’y mettre, de tester eux-mêmes la prise de notes visuelle.

On peut commencer simplement. Il n’y a pas besoin d’être expert.

Jérôme Hoarau :
En tout cas, j’ai hâte de découvrir ce que tu vas proposer le 23 avril.

Tu interviendras aussi en conclusion pour présenter ce carnet de voyage. Avec la richesse des interventions, ça promet quelque chose de dense et d’humain.

Merci beaucoup Sophie.

Sophie Le Penher :
Merci Jérôme.

Jérôme Hoarau :
Rendez-vous le 23 avril à Namur. Il reste encore quelques places. Si vous êtes intéressés, laissez-moi un commentaire pour nous rejoindre.

À très vite.

Par Jérôme HOARAU

Jérôme Hoarau auteur de best sellers (Dunod, Alisio, Diateino), conférencier international (anglais et français) et la référence francophone dans le domaine des soft skills (Jerome-Hoarau.com). Il a obtenu plusieurs titres de sport du cerveau tels que :
- Champion du monde de Mind Mapping 2018
- Champion du Royaume-Uni de Mind Mapping 2019
- Vice-champion du Royaume-Uni en Lecture Rapide 2019
Il est le co-auteur des best sellers "Bon manager Mode d'Emploi" (Diateino), "Les Gentils aussi méritent de réussir" (Alisio) et de "Soft Skills (Dunod).

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