Storytelling vs IA : comment encore toucher pour de vrai ? J’ai eu le plaisir d’interviewer Marine Tour-De Wildeman, ancienne journaliste et spécialiste de la communication. Dans cette interview, elle partage comment faire du storytelling intelligemment pour mieux communiquer, toucher les cœurs et rester authentique, surtout dans un contexte où de plus en plus de personnes utilisent l’IA pour créer leurs contenus (posts, images, vidéos…). Alors, quelle est encore la place du storytelling dans cette nouvelle ère ? C’est exactement ce que nous explorons dans cette vidéo. Nous abordons aussi des questions très concrètes :
- Comment bien communiquer sans forcément se dévoiler ?
- Comment faire quand on n’aime pas exposer sa vie sur internet ?
- Comment dépasser le syndrome de l’imposteur dans ces situations ?
Vous repartirez avec des déclics concrets et applicables.
Retranscription de la vidéo
Introduction
Jérôme Hoarau :
Bonjour Marine.
Marine Tour-de Wildeman :
Bonjour Jérôme.
Question 1 – L’IA a-t-elle tué le storytelling ?
Jérôme Hoarau :
On va parler storytelling et j’ai une question à te poser, parce que c’est dans l’actualité : est-ce que l’IA a tué le storytelling ?
Je m’explique : sur LinkedIn, on voit beaucoup de posts qui se ressemblent, avec une approche très technique du storytelling. Donc est-ce que l’IA a tué le storytelling ?
Marine Tour-de Wildeman :
Merci pour cette question, parce que c’est une très bonne question et c’est important d’en parler.
Aujourd’hui, je suis convaincue que l’IA est un amplificateur d’impact pour le storytelling, mais pour un storytelling authentique, quand on sait utiliser cet outil.
Je ne pense pas que l’IA ait tué le storytelling, mais je pense qu’elle a tué le faux storytelling.
Aujourd’hui, LinkedIn est décrié parce que les gens en ont marre de voir des micro-situations du quotidien transformées en leçons business ou entrepreneuriales.
Le problème, c’est que beaucoup utilisent l’IA pour produire du contenu très rapidement, sans y mettre leur vécu, leur vision, leur vérité.
On se retrouve avec des contenus parfaitement écrits, très bien structurés techniquement, mais vides de sens.
Aujourd’hui, les gens sont plus aguerris face à l’IA. Ils repèrent rapidement un message générique, trop lisse, trop parfait.
Cela explique aussi le retour vers l’authenticité.
L’IA apporte souvent une neutralité, un lissage du message, ce qui crée une distance avec l’audience.
Je ne pense pas que l’IA tue le storytelling, mais elle révèle ceux qui n’ont rien à dire ou qui n’ont pas encore la clarté de ce qu’ils veulent transmettre.
Aujourd’hui, ce n’est plus la qualité d’écriture qui fait la différence, mais la sincérité.
On peut déléguer les mots à l’IA, mais jamais l’émotion, le ressenti, la personnalité et l’énergie.
Question 2 – Qu’est-ce qu’un bon storytelling ?
Jérôme Hoarau :
Tu connais très bien ce sujet en tant qu’ancienne journaliste. Aujourd’hui, tu accompagnes des entrepreneurs et des dirigeants sur leur message et leur storytelling.
Qu’est-ce qu’un bon storytelling ? Tu disais qu’un storytelling parfait n’est pas forcément bon, ce qui est contre-intuitif.
Marine Tour-de Wildeman :
Pour moi, un bon storytelling est authentique, tiré d’une histoire vraie.
Certains sont bons en storytelling fictif, mais pour les entrepreneurs, l’authenticité est essentielle pour créer la confiance.
La différence entre un bon et un mauvais storytelling, c’est l’intention.
Beaucoup pensent que storytelling signifie raconter son histoire. En réalité, un bon storytelling ne parle pas uniquement de nous, il parle de l’autre à travers notre histoire.
Jérôme Hoarau :
J’aimerais un exemple, parce que la nuance est intéressante. Ce n’est pas juste raconter sa vie.
Marine Tour-de Wildeman :
Exactement.
Beaucoup font un récit égocentré, descriptif, sans émotion, sans effet miroir sur l’audience et sans message clair.
Les gens comprennent l’histoire, mais ne se sentent pas concernés.
Dans ce cas, c’est un mauvais storytelling, car on écrit pour raconter, pas pour connecter.
L’objectif est que l’audience se reconnaisse dans l’histoire.
Le storytelling n’est pas un journal intime public.
Pour les entrepreneurs, il sert à :
- rassurer,
- créer de la confiance,
- connecter,
- amener à la vente.
C’est ce qu’on appelle le story selling.
Les gens ne s’intéressent à notre histoire que si elle leur apporte quelque chose.
Il faut montrer ce qu’on a tiré de son histoire pour permettre aux autres de s’identifier et de se projeter.
Jérôme Hoarau :
Un bon storytelling, c’est une histoire dans laquelle je me reconnais et qui me fait ressentir des émotions.
Marine Tour-de Wildeman :
Exactement.
Un bon storytelling repose aussi sur une tension narrative :
- un problème initial,
- une lutte,
- un basculement,
- une prise de conscience,
- un avant/après.
Beaucoup restent bloqués sur le problème sans aller plus loin.
Question 3 – Storytelling vs Story selling
Jérôme Hoarau :
Quelle est la différence entre storytelling et story selling ?
Marine Tour-de Wildeman :
Le storytelling, c’est raconter une histoire pour connecter.
Le story selling, c’est raconter une histoire pour vendre.
La frontière est fine :
- storytelling → inspirer, fédérer,
- story selling → convertir.
On peut aussi raconter l’histoire d’un client. Cela peut naturellement amener à la vente.
Question 4 – Faut-il raconter sa vie ?
Jérôme Hoarau :
On pense souvent que storytelling = raconter sa vie. Est-ce obligatoire ?
Marine Tour-de Wildeman :
Non.
On peut raconter :
- son histoire,
- celle de ses clients,
- celle d’autres personnes,
- des personnalités publiques.
Question 5 – Personal branding sans s’exposer
Jérôme Hoarau :
Comment développer une marque personnelle quand on ne veut pas s’exposer ?
Marine Tour-de Wildeman :
Aujourd’hui, une simple expertise ne suffit plus.
Le personal branding est essentiel.
Il ne passe pas forcément par :
- la photo,
- la vidéo,
- le fait de raconter sa vie.
Il passe aussi par :
- le ton,
- la manière de communiquer.
Les gens doivent pouvoir s’identifier à toi.
Les freins sont souvent :
- peur de trop se dévoiler,
- peur de ne pas être professionnel,
- syndrome de l’imposteur,
- peur que sa vie n’intéresse personne,
- peur de la victimisation.
Le storytelling n’est pas forcément dramatique.
Il faut distinguer :
- le privé (ce qu’on garde pour soi),
- le personnel (ce qu’on choisit de partager).
Exemple :
Certains intègrent leur famille dans leur communication, d’autres non.
Il faut :
- connaître sa cible,
- choisir ce qu’on partage,
- être à l’aise.
Il faut changer de posture :
→ raconter non pas pour se dévoiler, mais pour aider, inspirer, connecter.
Question 6 – Le storytelling est-il encore efficace ?
Jérôme Hoarau :
Avec la masse de contenu, est-ce que le storytelling fonctionne encore ?
Marine Tour-de Wildeman :
Oui.
Le storytelling existe depuis toujours.
Le cerveau retient mieux :
- une histoire,
- une émotion,
qu’une information brute.
Cela rend le message mémorable.
Dans une masse de contenu, le storytelling permet de se différencier.
Question 7 – Conseils pratiques
Jérôme Hoarau :
Quels conseils donner à quelqu’un qui veut se lancer ?
Marine Tour-de Wildeman :
Arrêter de vouloir être parfait.
Se concentrer sur :
- ce qu’on veut transmettre,
- dire la vérité.
Se reconnecter à soi pour créer un storytelling authentique.
L’IA peut lisser le message et faire perdre l’unicité.
Les éléments clés sont :
- la clarté,
- l’intention,
- la sincérité,
- la vérité,
- l’émotion.
La différence ne se fait pas sur ce qu’on raconte, mais sur :
- la manière,
- la personnalité,
- la vision.
Jérôme Hoarau :
Merci Marine pour cette masterclass sur le storytelling.
On peut te retrouver sur Instagram. Je mettrai les informations en description.
Pour ceux qui veulent développer leurs soft skills, je recommande de télécharger SKS Magazine.
Merci beaucoup Marine.
Marine Tour-de Wildeman :
Merci Jérôme, c’était super. Merci.
