Le Business Plan est-il un tueur d’entrepreneurs ? Voici son procès à Pro’crea

Comme je vous le précisais dans un précédent article, je suis intervenu pour le Congrès Pro’Créa 2013 à Montpellier sur le thème des alternatives au plan d’affaires (ou business plan). L’objectif de ce congrès : juger le Business Plan à travers un procès. Si le Business Plan est coupable de ne pas aider l’entrepreneur, on le brûle.

L’a-t-on brûlé ?

La réponse plus tard dans cet article, car avant j’aimerais vous raconter le déroulé de l’évènement d’après mon expérience.

Montpellier : une ville dynamique et ensoleillée

Cela a été ma première impression à mon arrivée dans cette ville. Habitant à Paris mais étant originaire de l’Ile de la Réunion, cette ville m’a rappelé de beaux souvenirs : du soleil, des sourires, la mer pas trop loin (on ne la voyait pas non plus depuis le centre). Je m’y suis tout de suite senti bien. Je me suis presque surpris à m’imaginer créer une startup là-bas, d’autant plus que cette région semble être très tournée vers l’entrepreneuriat.

J’ai été très bien accueilli. D’ailleurs je remercie encore Yann Papastratis de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat du Languedoc-Roussillon pour son accueil et pour son engagement pour ce bel évènement.

A mon arrivée sur les lieux, j’ai pu rencontrer les autres conférenciers pour notre atelier dédié aux Alternatives du Business Plan :

  • Franck LOUESDON, membre d’Elton-Pickford / Cabinet spécialisé en innovation de modèles économiques et notamment en Business Model Canevas
  • Laurent SOL, responsable du département Acquisition Cession Création de PROFIL EMPLOI (groupe Ressource & Performance) qui a créé son propre outil pour coacher les entrepreneurs et leur business model
  • Alain WEGMANN, professeur à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, co-fondateur de la méthode SEAM (une approche systémique et pragmatique de l’entrepreneuriat)
  • Olivier WITMEUR, professeur d’entrepreneuriat à la Solvay Brussels School of Economics and Management de l’Université libre de Bruxelles

L’ambiance est très détendue et nous sommes tous confiants de la bonne synergie qu’il y aura pendant notre intervention. Le groupe décide que ce sera moi qui interviendra le premier dans cet atelier et qui représentera le groupe en tant que témoin pour le procès pour le lendemain. Après cette phase de contact autour d’un café sous le soleil méditerranéen, nous allons dans la très belle salle de conférence pour la plénière d’ouverture de ce congrès dédié au plan d’affaires.

La plénière d’ouverture : le ton est donné avec Claude Ananou

 

procrea2013-1

Plénière d’ouverture du congrés Pro’crea 2013 à Montpellier

Si je vous dis « conférence d’ouverture de congrès », quels sont les mots qui vous viennent à l’esprit ? Pour ma part, c’est souvent le mot « ennuyeux » qui revient. Mais à ma grande surprise, j’ai trouvé les discours très stimulants, intéressants et ludiques pour cet évènement !

Voici les intervenants qui ont animé cette première étape :

  • André SYLVESTRE, Président de la Chambre Régionale de Métiers et de l’Artisanat Languedoc-Roussillon et entrepreneur
  • Bernard FOUCADE, Président de la CCI Languedoc-Roussillon
  • Claude ANANOU, maitre d’enseignement à HEC Montréal, Président de Kiosk Prestige et du Groupe Média Kit et membre du conseil d’administration de la Fondation de l’entrepreneurship du Québec
  • Fabrice BAILA, dirigeant de Pme Invest et Business Angel
  • Stéphane CHEMOUNY, Président et fondateur de la société Intrasense SA / Editeur de logiciel pour la visualisation et l’analyse d’images médicales
  • Dominique MENTHA, Directrice Recherche Développement et Professionnalisation à l’APCE (Agence pour la Création d’Entreprises)

Le débat est déjà initié sans transition avec Claude Ananou, qui nous fait un vrai « show » pour attirer notre attention sur le fait que le Plan d’Affaires est un tyran qu’il faut détruire.

Voici sa présentation PowerPoint qui parle d’elle-même :

Selon Claude Ananou, :

« Le plan d’affaires a pour origine les plans soviétiques. L’URSS a en effet inventé un système de planification de son économie qui consistait à créer des plans industriels sur 5 à 10 ans. Ce système a ensuite été repris par les  nations occidentales comme la France pour enfin être adopté par les grandes entreprises suite à la crise pétrolière des années 70. Un monde de moins en moins prévisible et le développement de l’informatique facilite l’émergence de cette nouvelle pratique que connaissent peu les entrepreneurs à l’époque.

Le Business Plan est une réponse à un besoin des banquiers : rassurer les acteurs financiers en faisant comme les grandes entreprises. Mais cette pratique n’est pas naturelle pour un entrepreneur qui vit son aventure au jour le jour, plutôt que de « gaspiller » de son précieux temps à prévoir l’avenir sur 5 ans. D’ailleurs, il n’existe pas d’études qui prouvent que faire un Business Plan augmente la probabilité de réussite d’une entreprise. L’important n’est pas la voiture de course, mais le pilote qu’il y a à l’intérieur : l’humain doit passer au centre. »

Claude Ananou promeut l’entrepreneuriat du sens, basé sur le Pourquoi (qui correspond tout à fait à ma vision avec le Réflexe Pourquoi que vous pouvez recevoir par mail), plutôt que sur le Comment (le Business Plan). C’est sur cette vision centrée sur l’humain qu’il a bâti son approche SynOpp, créer une entreprise sans Business Plan.

J’ai eu la chance de l’interviewer et je prépare en ce moment un article détaillé sur sa méthode de formation à l’entrepreneuriat (à travers son approche Synopp).

C’est dans cette dynamique que le congrès démarre, avec d’un côté les « pro » Business Plan, et de l’autre les « contre » qui s’affronteront pendant le grand procès du lendemain.

Notre atelier sur les alternatives au Business Plan

L’évènement a été l’occasion de présenter 6 ateliers avec différents intervenants. Pour avoir plus d’informations sur les différents ateliers, vous pouvez visiter le site du congrès.

Dans cet article, j’aimerais vous détailler le contenu de notre présentation sur les alternatives au Plan d’Affaire.

Voici la vidéo de notre atelier :

Je prends la parole à partir de 2min10

Lors de mon intervention, j’ai présenté la manière dont j’entreprends : avec simplicité et sens. Pour cela j’ai créé mes propres outils qui me sont utiles au quotidien et que j’enseigne en école de commerce et dans des ateliers avec des professionnels. Les abonnés à ma newsletter reçoivent gratuitement mon guide sur le Réflexe Pourquoi. Si vous voulez les rejoindre, vous pouvez vous inscrire en remplissant le formulaire ci-dessous :

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Business Model Canevas par Franck Louesdon

Suite à mon intervention, ce fut au tour de Franck Louesdon de prendre la parole (vers 13min37). Il parla alors du Business Model Canevas comme un puissant outil de questionnement et de vision pour son entreprise, mais aussi pour son produit. Cet outil permet de :

– définir un langage commun entre les membres de l’équipe entrepreneuriale

– de tester des hypothèses

Il s’agit d’une approche globale centrée sur le client pour l’entrepreneur.

Pour plus d’informations sur le Business Model Canevas, vous pouvez lire mon article détaillé sur le sujet, mais aussi lire mon expérience du Startup Weekend qui repose entre autre sur l’utilisation de cet outil. Enfin j’ai pu trouver l’interview intéressante du professeur Philippe Mouricou de France Business School à ce sujet : Philippe Mouricou vous dit tout sur « Business Model : Nouvelle génération ».

Voici un slideshare détaillé sur ce thème :

La méthode SEAM par Alain Wegmann

Cette méthode repose sur la pensée systémique et le pragmatisme. Je me suis beaucoup intéressé aux systèmes complexes. J’ai d’ailleurs réalisé la vidéo ci-dessous sur le sujet :

Si cette approche est très intéressante pour analyser et comprendre une entreprise ou un marché, elle reste peu « pratique » lorsqu’il s’agit d’agir et d’entreprendre (en tout cas c’est ce que j’ai retenu de mon expérience personnelle). En effet, la complexité peut s’opposer à la simplicité et donc à l’efficacité. Lorsque j’ai pris connaissance de cette méthode SEAM, j’ai alors eu « peur » de tomber dans cette complexité…

Mais Alain Wegmann à partir de 36min, m’a démontré le contraire en montrant que sa méthode repose en grande partie sur du concret et du pragmatisme. Elle va consister à étudier une situation complexe en la rendant avec pédagogie concrète à travers des croquis et des photos. Cela donnera ça par exemple :

 

 

(ce sera plus explicite et facile à comprendre en regardant la vidéo)

La méthode SEAM est une méthode qui aide l’entrepreneur(e) a mieux comprendre la réalité pour mieux innover en ressentant les émotions. Cette méthode peut-être utilisée chez TradeYourMind, un exposant de ce congrès.

La méthode NOVAE par Laurent Sol

Cette méthode reposant sur le Business Model Canvas a été développée par Laurent Sol. Il nous présente cet outil à partir de 24:20 dans la vidéo. NOVAE est l’acronyme de Nouvelle Organisation pour la Valorisation et l’Accompagnement de l’Entrepreneur et a pour objectif de mettre l’entrepreneur(e) au centre. Cette démarche repose sur 3 grandes étapes :

– diagnostic du ressenti de l’entrepreneur(e)

– diagnostic de son parcours

– construction de son plan d’actions

Il a pu développer un outil qui sert de support au diagnostic et à l’accompagnement de l’entrepreneur.

La conclusion par Olivier Witmeur

Olivier Witmeur a coordonné cette conférence et a réalisé une conclusion très intéressante : le Business Plan a des alternatives mais qui ne sont pas toutes adaptées à tous les entrepreneurs. Chaque personne doit trouver les outils qui lui conviennent le mieux pour entreprendre. Il propose sa conclusion à partir de 48:58.

Voici les 4 points à retenir de cet atelier sur les alternatives au Business Plan :

  1. L’entrepreneuriat ce n’est pas écrire puis exécuter un plan d’affaires
  2. Chaque outil a ses adeptes et ses limites
  3. Lorsqu’on fait un plan d’affaires, est-ce un souhait ou une contrainte ?
  4. Il n’y a pas vraiment de bons ou de mauvais outils, tout dépend de la manière dont nous les utilisons

Je crois que tout a été dit dans ces 4 points.

Le procès du plan d’affaires

Et voilà la partie à la fois la plus instructive et la plus « fun » du congrès. Je tire mon chapeau aux organisateurs qui ont fait preuve de créativité en évènementielAfin de trancher si l’on doit brûler ou pas le plan d’affaire, un procès a été organisé.

Je vous conseille absolument de la regarder, autant pour le contenu qu’elle apporte mais aussi pour passer un bon moment : l’humour fuse dans tous les sens !

Voici les différents participants de ce procès :

Yann Papastratis et Marie-Helene Girbau-Grimoin

Yann Papastratis et Marie-Helene Girbau-Grimoin, représentant respectivement la Chambre des Métiers et la Chambre de Commerce du Languedoc-Roussillon, ont admirablement organisé cet évènement Pro’créa. Ils se chargent également de l’animation et de l’orchestration de ce procès.

Alain Fayolle - Professeur et Directeur du centre de recherche à l'EM Lyon, rédacteur en chef de la Revue de l'Entrepreneuriat et d'Entreprendre & Innover

Alain Fayolle, Professeur et Directeur du centre de recherche à l’EM Lyon, rédacteur en chef de la Revue de l’Entrepreneuriat et d’Entreprendre & Innover, endosse la responsabilité de présider ce procès en tant que juge. Ce choix n’est pas anodin car il est à la fois une personne emblématique dans le monde de l’entrepreneuriat en France et a un point de vue « neutre » sur le Business Plan. Il introduit et conclut cette séance et est le maître du temps.

Sa première intervention commence à 4:35.

Maître d'enseignement à HEC Montréal, Président de Kiosk Prestige et Groupe Média Kit et membre du conseil d'administration de la Fondation de l'entrepreneurship du Québec

Claude Ananou, Maître d’enseignement à HEC Montréal, Président de Kiosk Prestige et Groupe Média Kit et membre du conseil d’administration de la Fondation de l’entrepreneurship du Québec, a quant à lui joué le rôle de Procureur Général. Son objectif : brûler le Business Plan.

Il prend la parole tout au long du procès, mais fera deux tirades à 10:10 et une dernière à 1:34:55.

Directrice du Business Innovation Center (BIC) de Montpellier

Catherine Pommier, Directrice du Business Innovation Center (BIC) de Montpellier, est l’avocate de la défense : elle doit sauver le Business Plan.

Comme Claude Ananou, elle prendra régulièrement la parole pendant ce procès mais avec deux tirades importantes à 15:25 et à 1:38:30

 

 

Responsable de la Pépinière de La Courneuve et directeur adjoint de la MIEL

Thomas Guyon, Responsable de Pépinière, directeur adjoint de la MIEL et blogueur en entrepreneuriat, est témoin pour ce procès : il pense qu’il faut condamner le Business Plan. Il est intervenu pendant l’atelier sur « Le plan d’affaires, incontournable pour les structures, est-il un réel facteur clef de succès ?« .

Son intervention commence à 19:00.

Directeur de Via Innova Pépinière d'entreprises innovantes

Pierre Alzingre, Directeur de Via Innova Pépinière d’entreprises innovantes est témoin pour la défense. Selon lui le Business Plan est important pour entreprendre.

Il est intervenu pendant l’atelier « Le plan d’affaires, pour tous et dans tous les cas ?« .

Son intervention commence à 32:56.

 

Président fondateur de la société Compart SAS et membre du comité scientifique de FinanceforEntrepreneurs

Jean Sauttreau, Président fondateur de la société Compart SAS et membre du comité scientifique de FinanceforEntrepreneurs a une vision à contre courant du Business Plan du point de vue des financiers : c’est la personne qui compte, et pas le papier.

Il a fait un témoignage pendant l’atelier  « Comment les financeurs se servent-ils du plan d’affaires ? L’exigent-ils toujours ?« .

Son intervention commence à 44:02

 

Président de la société Metafora Biosystems

Luc d’Auriol, Président de la société Metafora Biosystems, est un serial entrepreneur dans le domaine très pointu de la biologie. Son activité lui a imposé de faire de grosses levées de fonds et donc, de gros Business Plans…

Il a participé à l’atelier « Le plan d’affaires, pour convaincre ou se convaincre ? Pour informer ou s’informer ? »

 

Coach soft skills et entrepreneuriat

Moi 🙂

Pour cette occasion je défend les alternatives du business plan, je suis donc dans l’accusation pour ce procès.

Mon intervention débute à 01:09:58

 

Chef du service création et reprise d'entreprises à la Région Languedoc-Roussillon

Kathya Rousson, Chef du service création et reprise d’entreprises à la Région Languedoc-Roussillon, témoigne en faveur du Plan d’Affaires. Elle a l’habitude d’accompagner les entrepreneurs et se sert de cet outil pour échanger et conseiller.

Elle a participé à l’atelier « Le plan d’affaires, incontournable pour les structures, est-il un réel facteur de succès ? »

Son intervention commence à 01:22:38

Le juge Alain Fayolle introduit la séance et passe la parole au procureur général et à l’avocate de la défense. Par la suite, Claude Ananou et Catherine Fayolle interrogeront les témoins (1 témoin par Atelier). A la fin de la séance, les membres du jury votent pour ou contre le Plan d’Affaires. Si la Défense gagne, alors le Business Plan n’est pas brûlé. En revanche, si l’accusation l’emporte, alors le Business Plan sera brûlé sur la scène…

Le verdict ?

Le verdict est livré a 1:53:20 par le jury… et sa décision, à 5 voix contre 1, innocent.

Le Business Plan est donc sauvé, il ne sera pas brûlé.

Les rencontres

Cet article touche presque à sa fin. J’aimerais en effet avant de vous quitter parler des rencontres que j’ai pu faire.

Commençons tout d’abord avec les autres intervenants de mon atelier, je suis ravi d’avoir pu partager cette expérience, ce qui m’a permis d’apprendre beaucoup de choses également.

J’ai été super content d’avoir échangé avec Claude Ananou pour de vrai. Depuis nous gardons contact et je vais prochainement publier un billet sur son approche de l’entrepreneuriat et vous dévoiler ses secrets qu’il enseigne à HEC Montréal :-). Merci encore à lui pour le temps qu’il me consacre.

J’ai eu la chance de discuter avec Alain Fayolle aussi, ce qui est très valorisant lorsque l’on baigne dans le monde de l’entrepreneuriat.

Lors de la soirée au bord de la Méditerranée organisée par Pro’créa (j’ai hésité à en parler en détail dans l’article, mais il est déjà assez long comme ça), j’ai beaucoup échangé avec Martine Viguier, une entrepreneure engagée dans l’entrepreneuriat féminin. Ces échanges ont été très enrichissants !

J’avais déjà croisé Thomas Guyon sur Paris, mais c’est vraiment à travers Pro’créa qu’on a commencé à bien discuter. Depuis nous collaborons pour l’organisation d’un évènement entrepreneurial prochainement. Je vous en dirai plus dans les prochains articles.

Enfin, j’ai beaucoup sympathisé avec deux entrepreneurs (Hervé Dufau et Thierry Brunet) qui lancent leur nouvelle Startup : Jiminy.fr, un outil de pilotage quotidien pour l’entrepreneur individuel. Je les ai interviewés en vidéo :

 

Voilà, ce fut un long article mais il me tenait beaucoup à coeur. J’espère que vous avez apprécié mes interventions. En tout cas c’est une activité qui me plaît énormément et je pense que vais en faire de plus en plus régulièrement. Si vous souhaitez que j’intervienne pour un de vos évènements, vous pouvez me contacter sur jerome(@)pourquoi-entreprendre.fr (sans les parenthèses).

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