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Comment les soft skills peuvent améliorer le monde de la santé ?

Le secteur de la santé fait face à des défis structurels : turnover, perte de sens, surcharge, communication dégradée. Les marges de manœuvre financières et temporelles se réduisent. Pourtant, certaines équipes parviennent à retrouver de la cohésion, de la motivation et de la performance, sans moyens supplémentaires. Leur secret ? Le développement des soft skills et du travail collectif. Cet échange avec Dr. Jean-Marc Desmet sera l’occasion d’explorer :

• Les leviers humains du changement dans les organisations de santé,

• Les compétences émotionnelles et relationnelles qui transforment les dynamiques d’équipe,

• Des pistes pragmatiques pour réenchanter le sens du soin.

🎯 Un rendez-vous pour celles et ceux qui veulent bâtir un futur plus humain, plus durable et plus inspirant dans la santé.

Comment tu ressens la situation actuelle dans le monde de la santé et qu’est-ce qui a le plus changé ?

Jérôme Hoarau :
Bonjour, nous voici en direct avec Jean-Marc Desmet. Salut Jean-Marc.

Jean-Marc Desmet :
Bonjour Jérôme.

Jérôme Hoarau :
Ravi de t’accueillir ici en live. Donc pour les personnes qui ne te connaîtraient pas encore, on a coécrit ensemble le livre La boîte à outils des soft skills en santé pour ne plus soigner comme avant aux éditions Dunod.

Et depuis, on travaille ensemble sur la question des soft skills dans le monde de la santé.

L’objectif de cette intervention en direct aujourd’hui est de parler de comment les soft skills peuvent améliorer le monde de la santé.

Et cette intervention fait aussi partie d’une forme de teasing d’un événement qu’on vous a réservé en mars à Paris. On vous en dira un peu plus plus tard.

Mais pour rentrer dans le vif du sujet, moi je te posais une question : comme tu es médecin, comment toi tu ressens la situation actuelle dans le monde de la santé et surtout qu’est-ce qui a le plus changé depuis ces dernières années ?

Jean-Marc Desmet :
Merci pour l’invitation et bonjour à tous.

Vaste question. Beaucoup d’éléments ont changé ces dernières années, ou en tout cas se sont accélérés.

J’en retiendrai trois.

La dimension de l’hypertechnisation de la médecine. Des progrès extraordinaires, des réussites magnifiques, mais peut-être parfois au dépend d’une perte d’équilibre entre science et humanité dans les soins.

On a survalorisé le savoir-faire, qui reste essentiel. Mais est-ce que ce n’est pas au détriment du savoir-être ?

La médecine s’est industrialisée, soumise à des protocoles, des indicateurs de performance, parfois même comptables.

Il y a des éléments nécessaires là-dedans, mais la médecine reste aussi l’art de soigner, l’art d’accompagner.

Comme on le dit dans l’avant-propos du livre : science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

Deuxième point : le bouleversement du rapport au temps et de la relation thérapeutique.

Il y a une pression, une augmentation de la durée de vie, donc plus de patients chroniques, âgés, ce qui sature le système.

On est aussi dans un monde VUCA : volatile, incertain, ambigu, complexe.

Le Covid en est un exemple.

On a été bousculés et un système bien établi a montré des difficultés à réagir.

Il y a aussi les contraintes administratives qui rognent notre temps.

Troisième point : une attente de transformation profonde de la médecine.

Le numérique, l’intelligence artificielle nous challengent.

Les métiers restent les mêmes mais sont fortement impactés.

On a besoin d’une approche intégrative et collaborative.

La médecine de demain sera intégrative et collaborative ou ne sera pas.

Cela nous amène aux soft skills, ces compétences humaines intra et interpersonnelles qui deviennent clés.

Donc oui, de vrais changements : hypertechnisation, accélération du temps, transformation.

Et ce qu’on note aussi chez les praticiens, c’est une perte de sens, de l’épuisement.


À quoi ressemble concrètement le quotidien des soignants aujourd’hui ?

Jérôme Hoarau :
On entend parler de perte de sens, d’épuisement, mais concrètement à quoi ça ressemble le quotidien des soignants aujourd’hui ?

Jean-Marc Desmet :
Je me suis amusé à prendre une image.

Aujourd’hui, il n’est plus possible de faire de la médecine tout seul.

J’utilise souvent l’image du pingouin : un médecin seul sur la banquise ne peut pas faire grand-chose.

Il y a un décalage entre la vocation première et la réalité.

Beaucoup sont entrés dans le métier pour soigner, pas pour produire des actes.

Le soignant peut se sentir instrumentalisé, dépossédé du sens du soin.

Cela peut mener à du désengagement, du cynisme, des troubles anxiodépressifs, jusqu’au burnout qui est une véritable épidémie.

Le monde paramédical est en première ligne.

Cela amène à une usure du lien humain.

On a des équipes où certains avancent, d’autres sont figés, d’autres effondrés.

Le monde de la santé est en fragilité.

Le corps et l’esprit s’épuisent.

La crise Covid l’a montré.

On est partis avec du sens, puis cela s’est estompé.

Cela amène à ce que j’appelle le burnout du cœur : ne plus sentir que sa présence est utile.

C’est dramatique.

Il y a une urgence de se reconnecter à soi pour pouvoir soigner.

Comme dans l’avion, il faut mettre son masque avant d’aider l’autre.

Cela renvoie aux soft skills : pleine présence, gestion des émotions, communication.

Et il faut prendre soin des soignants.

Les soignants soignent mais ne sont pas suffisamment soignés.


Qu’est-ce qui fait la différence entre les équipes qui tiennent et les autres ?

Jérôme Hoarau :
Malgré ça, on voit quand même des équipes soudées, résilientes. Qu’est-ce qui fait la différence selon toi ?

Jean-Marc Desmet :
Oui, le tableau peut paraître sombre, mais il existe des équipes qui fonctionnent très bien.

Dans un même hôpital, certains services fonctionnent mieux que d’autres.

Quand c’est le cas, il y a quelqu’un derrière qui a su impulser une dynamique collective.

On retrouve des rituels de partage.

Par exemple une anesthésiste qui instaure un quart d’heure d’échange le matin.

Une urgentiste qui forme à la communication non violente.

Il y a des initiatives.

Je pense aussi à l’association Soignez en conscience que nous avons fondée il y a 15 ans.

Aujourd’hui, c’est devenu essentiel.

Des soignants disent regretter de ne pas avoir commencé plus tôt.

Il faut une culture de confiance et de reconnaissance.

Je cite Amy Edmondson : les équipes en sécurité psychologique sont plus innovantes, efficaces, résilientes.

Il faut un accompagnement global, pas un one-shot.

Cela amène aussi à la question du sens.

Travailler le sens collectivement permet à chacun de trouver sa place.

Cela redonne un sentiment d’utilité collective.

C’est la meilleure prévention du burnout.

Et en plus, prévenir le burnout est économiquement rentable.


Pourquoi les soft skills sont-elles aussi importantes que les compétences techniques ?

Jérôme Hoarau :
Pourquoi les soft skills sont-elles aujourd’hui aussi vitales que les hard skills ?

Jean-Marc Desmet :
Les hard skills restent le socle indispensable.

Mais comme un oiseau a besoin de deux ailes, il faut aussi les soft skills.

J’aime l’image de l’iceberg.

On parle beaucoup des compétences visibles, mais les freins sont souvent dans l’humain.

Dans une équipe, chacun a des soft skills différentes.

Et contrairement à ce qu’on pense, elles se développent.

Ce n’est pas inné.

Sauf cas extrêmes, tout le monde peut les travailler.

Les soft skills apportent de la fluidité.

Elles permettent la relation avec le patient et les collègues.

La technique seule ne soigne pas.

Un excellent chirurgien peut créer un traumatisme s’il parle mal.

La qualité de la relation influence la qualité du soin.

Et l’observance du patient.

Ces éléments sont démontrés scientifiquement.

Aujourd’hui, on ne peut plus travailler seul.

L’hyperspécialisation montre ses limites.

Les soft skills sont donc essentielles.


Quels sont les freins au développement des soft skills dans la santé ?

Jérôme Hoarau :
Quels sont les freins aujourd’hui ?

Jean-Marc Desmet :
Les institutions sont comme des paquebots.

Il y a une inertie.

On ne peut plus se permettre cela.

Il y a encore un management pyramidal, top-down.

C’est une façon de gérer dépassée.

Certains font du bottom-up, mais on peut aller plus loin.

Il faut aller vers un management plus horizontal.

Donner du pouvoir aux équipes.

Je pense au modèle de Rodolphe Bourret à Valenciennes.

Cela fonctionne et c’est rentable.

Il faut transformer la culture hiérarchique.

Et travailler sur l’ego individuel pour aller vers un ego collectif.

C’est ambitieux, mais nécessaire.


Conclusion

Jérôme Hoarau :
Merci beaucoup pour ton partage.

Même si la réalité est difficile, il y a des solutions, notamment avec les soft skills.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, on organise une formation à Paris les 20 et 21 mars 2026.

Places limitées.

Vous pouvez aller sur jerome-hoarau.com ou via le lien en commentaire.

Code promo : SANTE20%.

N’hésitez pas à laisser un commentaire si vous regardez en replay.

Jean-Marc, un mot de la fin ?

Jean-Marc Desmet :
Ce n’est pas un mot de la fin, c’est un début.

Il faut passer à l’action.

S’indigner, puis s’engager.

Se transformer et partager.

Ma vision repose sur trois H :

  • humanité
  • humilité
  • humour

Et être des passeurs.

Jérôme Hoarau :
Merci beaucoup.

À très bientôt.

Jean-Marc Desmet :
Au revoir à tous. Merci.

Par Jérôme HOARAU

Jérôme Hoarau auteur de best sellers (Dunod, Alisio, Diateino), conférencier international (anglais et français) et la référence francophone dans le domaine des soft skills (Jerome-Hoarau.com). Il a obtenu plusieurs titres de sport du cerveau tels que :
- Champion du monde de Mind Mapping 2018
- Champion du Royaume-Uni de Mind Mapping 2019
- Vice-champion du Royaume-Uni en Lecture Rapide 2019
Il est le co-auteur des best sellers "Bon manager Mode d'Emploi" (Diateino), "Les Gentils aussi méritent de réussir" (Alisio) et de "Soft Skills (Dunod).

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