Interview de Graeme Villeret blogueur et entrepreneur – mondecafes.com

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Vous vous rappelez de l’association entrepreneuriat « Fier(e) d’être Entrepreneur(e), l’Esprit Funky » ? Cette nouvelle association où de nombreux entrepreneurs aux profils différents et variés (beaucoup d’artistes en font partie) promeut une image dynamique et fun des entrepreneurs.

Lors de leur soirée de lancement, j’ai eu la chance de discuter avec un entrepreneur et blogueur franco-canadien : Graeme Villeret. Il a un parcours atypique vraiment très intéressant. Je vous laisse le découvrir par vous même 😉 …

PS : Merci beaucoup Graeme pour cette interview 🙂

Jérôme de Pourquoi Entreprendre : Bonjour Graeme. Merci d’avoir accepté l’interview sur Pourquoi Entreprendre. Tu es blogueur et créateur d’une nouvelle startup nommée Mondecafés. Quelle est ton histoire ? Comment es tu arrivé à là où tu en es aujourd’hui ?

 

Graeme Villeret : J’ai découvert les ordinateurs sur le tard, en 1996 (23 ans). Auparavant, je n’arrivais jamais à allumer un ordi. Pour moi, il fallait que cela soit facile à utiliser : bouton on/off. Sinon…
Windows 95 m’a enfin rapproché des ordis, et j’ai tout de suite été connecté sur le web. Je ne voyais d’ailleurs pas trop à quoi cela pouvait servir d’autre. Mais c’est tout moi, ça 🙂
Dès les premières semaines, j’ai commencé à tout acheter sur le web, c’était génial (moi qui n’aime pas les magasins physiques) : musique, livres, cd etc… même les courses.
Petit à petit est montée en moi l’idée de créer mon propre truc. Mais il fallait que cela soit dans un domaine qui me passionne, sinon ma fainéantise – légendaire – aurait pris le dessus. Le plein air, l’outdoor, les cartes géographiques, le voyage, les guides, le matériel, tout ça me passionne. J’ai donc lancé une sorte de Vieux Campeur online : Géocompagnie.com.
Cette startup est devenue n°1 en France pour le matériel de plein air. Je l’ai revendue au bout de deux ans, pour aller vivre une nouvelle aventure au Canada.
J’y suis parti avec un sac à dos, et mon amie et moi avons parcouru l’Amérique du Nord dans tous les sens, style road trip. Tout en travaillant bien entendu, à Montréal puis à Québec.
Moi qui sortait beaucoup, j’ai trouvé que sur le web il manquait une touche de web 2.0 dans le domaine des sorties : restos, bars, cinés, il n’y avait que les pages jaunes, point. Impossible, à l’époque du moins, de poster le moindre commentaire par exemple. Avec des amis, nous avons lancé un petit guide en ligne référençant nos endroits préférés, sur Montréal, puis sur les autres villes canadiennes au fur et à mesure.
Un investisseur, un « ange financier » (business angel en français de France comme on dit au Québec), m’a proposé de financer le démarrage d’une vraie entreprise, en France.
C’est pourquoi mon amie et moi sommes revenus à Paris, et j’ai créé cette petite startup avec mes potes du Canada.

Peux-tu nous parler un peu plus de ta nouvelle startup Mondecafés ?

MondeCafés.com (est un guide communautaire des lieux où sortir dans les grandes villes du monde. Restos, bars, cinés, salles de concerts, tout ce qui fait bouger 🙂
On peut commenter, voter, suggérer de nouveaux lieux, partager avec ses amis, réserver un restaurant etc…
Le principe communautaire, c’est que tout est fait grâce aux internautes : la base de données de lieux provient uniquement des suggestions des gens, pas d’un pompage des pages jaunes comme le font nos concurrents.
Quand on arrive sur une nouvelle ville, on ne dit pas le 1er jour : « nous sommes les n°1, nous avons des millions de lieux ». Nous disons : « nous sommes nouveaux, dites-nous les lieux que vous préférez, c’est plus sympa ! ». Et ça marche : Edimbourg (www.cafesedinburgh.com) a été lancé début juin 2011 et nous avons déjà dépassé les 500 suggestions !
Au total, nous sommes présents dans 34 villes dans 4 pays (Australie, Canada, France, Royaume-Uni) et nous allons ouvrir dans plusieurs grandes villes en Europe et aux Etats-Unis prochainement. Et nous avons dépassé les 21 000 lieux suggérés, avec en moyenne 1000 chaque mois.
Nous avons une application iPhone (« MondeCafés »), et bientôt sur Android. Avec environ 3000 visiteurs par jour, le trafic monte d’un peu plus de 10% chaque mois en ce moment. Vous aussi profitez-en et venez vous inscrire !

Tu es franco-canadien. Sens-tu une grosse différence de culture entrepreneuriale entre le Canada et la France ?

Je  sens effectivement une différence entrepreneuriale entre les deux pays, mais pas tant que ça. La France n’est pas si en retard, notamment d’un point de vue des statuts, avec par exemple l’autoentrepreneur. C’est un truc génial et simple pour débuter, même s’il faut encore s’enregistrer auprès de différents organismes.
Au Canada, il y a le travailleur autonome, et il n’est pas forcé de s’enregistrer, sauf s’il dépasse un certain chiffre d’affaires. Désormais, c’est à peine plus simple. Par contre, des tas de Canadiens ont deux ou trois jobs : salarié le jour, un job le soir, un troisième le week end. Ca bosse beaucoup, même si ce n’est pas du tout la même productivité qu’en France, qui est très réputée pour ça en Amérique du Nord.
Les Canadiens sont plus enclins, encore, à se lancer tout seul, à créer des entreprises. Ils sont moins frileux. Les Français ont besoin d’aide encore pour se lancer, ce n’est pas un réflexe. Au Canada, quand tu n’as pas de job, tu ne vas pas forcément t’inscrire à l’assurance chômage. Tu commences par regarder les opportunités pour te lancer. C’est pour ça que le taux de chômage est très bas en comparaison. Il évolue très vite, en moins, comme en plus naturellement.
Une autre grande différence : la mentalité. En France, on ne te dit pas « non », on te fait poireauter. Au Canada, on te dit « non » si c’est non, et tu le sais de suite. Ca m’a marqué après 8 ans là-bas. Je préfère la franchise directe.
Par contre, il faut se méfier d’une parole donnée au Canada : si ce n’est pas marqué noir sur blanc sur un contrat signé, la personne reviendra très facilement dessus. « C’est pas perso, juste du business ». J’ai moins vu ça en France.

Tu gères beaucoup de sites seul. Comment fais-tu pour être aussi productif ?

Je me lève le matin tôt, je bosse de suite, et je me couche tard après avoir fait 16h (ce qui fait 10 journées par semaine, ça aide à produire). Dans ma tête, je bosse tout le temps. Avec de temps en temps des pauses, pendant lesquelles je peux aller au ciné, au resto. Je suis libre car mon propre patron, donc le risque est grand de glander. Mais non ! Je n’ai pas la télévision, donc pas de tentation de « patate de canapé ». Je n’ai pas de jeux vidéo non plus.
Le truc pour avoir envie de bosser est simple : faire ce qui me plaît. Et dans la variété. Et les trucs qui ne me plaisent pas, je les refile à d’autres… (je suis un enfoi… de boss) 🙂
En fait, je sous-traite les choses qui ne m’intéressent pas : compta, développement logiciel, etc… Je ne fais que ce que j’aime et que je sais faire : du contenu. Et du contenu uniquement sur mes passions. En multipliant les sites et en variant les domaines, je ne m’ennuie jamais, j’ai toujours quelque chose à faire.

La grande majorité de ton activité est basée sur Internet. Penses-tu que l’on peut aujourd’hui tout entreprendre sur Internet ?

Toute mon activité est sur le web. Et oui je pense qu’on peut tout entreprendre sur internet. J’ai même des dizaines d’idées en attente…
L’idée est le plus souvent de transposer une activité offline sur le web. Parfait, on peut faire ça sans s’embêter à se déplacer, perdre du temps etc… Facilitons la vie de tout le monde, en affaires comme dans les loisirs, en mettant ça sur le web. Ceux qui voudront choisir le web seront contents, ceux qui préfèrent aller dans la rue aussi. On a le choix, chacun soit y voir son intérêt, qui sera différent du voisin.
Certaines choses sont tout de même plus sympas à faire chez soi : les courses, par exemple. Et d’autres sont plus sympas dehors : boire un verre avec ses potes, après s’être retrouvés dans une nouvelle adresse à la mode qui vient d’ouvrir et qu’on a découverte et partagée sur CafésFrance.com ! 🙂

Comment as-tu fait pour avoir d’aussi grosses audiences sur tes sites ?

Cela fait des années que j’ai ouvert mes premiers sites, dont la plupart sont encore en activité. Mon plus vieux, PopulationData.net, approche des 400 000 visiteurs par mois. C’est à la fois beaucoup, dans son domaine (sciences humaines et géographiques), et peu, au regard des gros, gros sites. Et je ne sais pas pour vous, mais moi je bosse sans arrêt. Au moins dans ma tête. Je suis constamment derrière mon ordinateur, à écrire, écrire, écrire…
Un autre truc simple : je ne m’occupe que du contenu de mes sites, pas du référencement. Google m’aimera si mon contenu, mes sites, sont intéressants, pratiques à utiliser, originaux dans leur contenu.
La technique n’est rien, ce sont des tuyaux, d’autres savent mieux faire que moi. Le contenu est tout, la qualité du contenu surtout. Et ça, personne ne peut le faire à ma place, comme je le fais ou le ferais. Un peu comme avec les livres. On préfère lire un livre que simplement le posséder et regarder sa couverture, non ? On préfèrera un auteur à un éditeur, un imprimeur.

Si les lecteurs ne devaient retenir qu’une chose à la fin de cette interview, qu’est-ce que cela serait-il ?

Le web est presque comme la vraie vie désormais. On y fait toutes les choses de la vraie vie, c’est donc la vraie vie. Et dans la vraie vie, on ne fait pas un boulot pour rire ou pour pleurer, mais pour vivre.
Vivez votre vie, et soyez persévérants. Ca ne vient pas tout seul, en quelques semaines ou quelques mois. Faites un truc qui vous botte, ça vous poussera à vous lever le matin. C’est la base. Ne perdez pas votre temps, ne perdez pas votre vie à faire quelque chose qui ne vous plaît pas. Lancez-vous, allez-y, personne ne le fera pour vous, personne d’autre ne vivra votre vie à votre place.

AUTEUR

Jérôme HOARAU

Fondateur de Pourquoi-Entreprendre.fr, co-fondateur de La-Semaine.com et de creapreZent.fr, coach Efficacité Professionnelle et Parler en Public. Je suis l'auteur de plusieurs ouvrages dans le domaine de l'efficacité professionnelle et du leadership que vous pouvez retrouver ici : Livres Efficacité Professionnelle et Leadership.

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